Une
roue Fonfrède pour la microcentrale
Le
maire de Gomméville, Jean-Paul Rommel, a fait état assez tôt de sa
volonté de produire de l'énergie hydro-électrique afin de procurer
des revenus à sa ville. En octobre 2008, la commune a racheté à
cette fin le moulin de la famille Verniquet. « Quand
on dispose d’un tel patrimoine, on se doit de le faire vivre »,
expliquait l'élu au Bien
Public.
La DDT a étudié le projet de microcentrale de
la commune et donné son accord réglementaire, sans obligation
particulière de franchissement piscicole (passe à poissons). Ce
franchissement ne deviendra en effet obligatoire qu'à la publication
du classement des rivières.
La
Commune a fait appel à un bureau d'études pour la faisabilité de
son projet. Si la hauteur de chute est modeste, le débit de la Seine
au droit du moulin est soutenu : un module moyen de l'ordre de
10m3/s. Le maire a fait un choix d'équipement compatible avec la
dévalaison des poissons (nage de l'amont vers l'aval) : le bureau a
donc travaillé sur des hypothèses de vis hydrodymanique (vis
d'Archimède) ou de roue à aubes, parfois appelée « aqualienne ».
C'est une roue Fonfrède qui
a été retenue pour la production.
Ce
système a plusieurs avantages : rotation lente et
« ichtyocompatible » (n'affectant pas le poisson),
tolérance aux feuilles et petits débris, donc moindre maintenance
(pas de dégrilleur au canal d'amenée), peu de génie civil (appuis
pour l'arbre et reprofilage du bief), bonne tenue du rendement
lorsque le débit varie (même si ce rendement est probablement
moindre au débit d'équipement que ne le serait celui d'une turbine
de type Kaplan).
Quatre
vannes de décharge, deux passes à poissons
Dans
la mesure où l'installation de Gomméville était reconnue comme
« règlementaire » par la DDT, le syndicat Sicec est
intervenu en « mesure complémentaire ». Le maire
Jean-Paul Rommel souhaitait de toute façon que l'installation de la
microcentrale communale ne soit pas nuisible du point de vue
écologique. Il a d'ailleurs accepté que le débit minimal
biologique réservé soit relevé à 20% : 2 m3/s au lieu de 1 m3/s.
Ce débit réservé désigne la quantité d'eau qui doit en
permanence être librement disponible au franchissement des poissons.
Le Sicec l'a calculé en fonction du débit d'étiage le plus sévère
observé tous les 5 ans (QMNA5, débit d'étiage mensuel moyen à
retour quinquennal).
Le
syndicat de rivière a donc assisté la commune de Gomméville dans
les aménagements écologiques. : passerelle de sécurité,
réfection de quatre vannes de décharge améliorant le transit
sédimentaire et installation de deux passes à poissons pour le
franchissement piscicole. Les deux passes ont été rendues
nécessaires par la géométrie du site : le seuil est loin en amont
de la prise d'eau turbinable. Selon le volume du débit (plus ou
moins 12 m3/s comme valeur-seuil), l'obstacle de franchissement est
situé au niveau du seuil ou au niveau du moulin. La passe installée
au moulin aura un dispositif de suivi, non permanent cependant
(campagne de piégeage). Ce sont des passes à bassins successifs,
les espèces cibles de la Seine étant ici les Salmonidés, et non
les anguilles.
Le
coût total des aménagements écologiques de Gomméville est
d'environ 280 k€. La commune prend en charge 30% de ce coût. Le
reste a été financé par le Sicec et par l'Agence de l'eau (qui a
abondé le projet à hauteur d'une des deux passes). Quant au coût
de la microcentrale hydraulique, la commune en assumera aussi une
partie, avec par ailleurs le soutien de l'Ademe, du Conseil général
et des fonds européen de développement rural.
Quels
enseignements de l'exemple de Gomméville ?
A
l'heure où la continuité écologique déchaîne les passions entre
les « pour » et les « contre », et où
certaines communes sont insatisfaites des propositions de leur
syndicat de rivière (cas
de Semur), la petite commune de Gomméville apporte des
enseignements intéressants.
D'abord,
Gomméville montre que la volonté des élus permet de promouvoir la
micro-hydroélectricité comme source d'activité et de revenus pour
des territoires ruraux qui, par ailleurs, en manquent cruellement.
Ensuite,
un travail de fond entre les communes, leurs syndicats de rivière,
l'Onema et l'Agence de l'eau permet de dégager des solutions où la
continuité écologique, le patrimoine historique et la production
énergétique sont conciliés au lieu d'être opposés. Ce qui a été
possible à Gomméville est possible ailleurs : la condition en
est une vraie vision d'avenir pour le propriétaire du site, et une
vraie écoute de la part des syndicats et administrations de l'eau.
Le
Sicec, que nous avons contacté, spécifie que les aménagements à
fin de continuité écologique restent une exception par rapport au
choix de l'effacement (destruction de l'ouvrage). La raison en est
que du point de vue de la continuité écologique, les dispositifs de
franchissement piscicole et de transit sédimentaire sont à la fois
moins efficaces et plus coûteux. Le syndicat de Haute Seine, comme
les autres en France, tend donc à favoriser la solution qui lui
semble économiquement et écologiquement optimale. Et il y est bien
sûr fermement invité par l'Agence de l'eau, qui répartit une bonne
part des budgets du ministère de l'Ecologie sur le bassin
hydrographique Seine-Normandie.
Ce
raisonnement est cohérent, mais à certaines conditions qui, hélas,
ne sont pas aujourd'hui explicitées dans le débat public ni dans le
discours des administrations de l'eau. Si l'on ne prend en compte que
la continuité écologique, alors la solution optimale sera par
définition une « renaturation » du site, c'est-à-dire
un effacement de toute influence anthropique. Mais voilà, la
question de fond demeure derrière cette prétention à
« l'optimalité » : en quoi la vision publique de
l'eau doit-elle envisager les rivières sous l'angle exclusif de
cette continuité écologique ? Le patrimoine historique des
rivières et leur potentiel énergétique ne font-ils pas partie eux
aussi des biens communs que la puissance publique doit protéger et
non détruire ? Si la concertation démocratique est réellement
organisée, n'est-ce pas aux habitants et riverains de choisir la
solution de continuité écologique qui leur paraît meilleure ?
Ni
la directive cadre européenne sur l'eau ni les lois françaises
depuis 2006 n'imposent en soi l'effacement des ouvrages
hydrauliques : dans l'application des nouvelles normes de qualité de
rivière, le choix des solutions reste toujours un choix
démocratique.
super si toutes les chutes d'eau étaient utilisées à la production d'énergie électrique ce serait plus d'économies surtout qu'elle est gratuite! tous les moulins de france devraient etre renovés dans ce but dommage que ceux qui se disent de la police de l'eau en france en particulier dans l'aube sont des technocrates attachés à leur bureau ! la production hydroélectrique c'est oxygéner les rivieres, le curage obligatoire et l'entretien des berges afin que les branchages et arbres ne passent pas ds les turbines, du travail pour tous et des économies donc pour tous sur le réchauffement climatique!
RépondreSupprimerAprès quelques années de fonctionnement, comment les utilisateurs jugent-ils leur investissement?
RépondreSupprimerMal dans ce cas, à notre connaissance, roue sous-dimensionnée au débit, problèmes avec la génératrice.
SupprimerVous attirez l'attention sur un vrai problème, certains sont tentés par des dispositifs énergétiques sous prétexte d'esthétique (roue) ou d'écologie (vis ichtyocompatible), mais dans l'ensemble, il vaut mieux mettre des turbines dès que la hauteur de chute le permet, ce sont les systèmes les plus compacts et les plus efficaces, avec 150 ans de courbes d'apprentissage derrière eux. Quand on vise une production, on optimise d'abord cette production.
Mieux vaut aussi que les moulins et petites centrales soient désormais gérés par le direction énergie du ministère de l'écologie et non pas la direction eau (dont les agents n'y connaissent pas grand chose, ce n'est pas leur spécialité), cela créera un contrôle industriel plus efficace des installations hydro-électriques.
Enfin, du côté du marché, le monde de la petite hydro-électricité ne doit pas se laisser abuser par des bonimenteurs ou des profiteurs, qui essaient parfois de détourner des aides publiques. Nous avons plusieurs années d'expérience depuis la rédaction de cet article et nous avons observé des dérives (y compris d'ailleurs chez le même constructeur, sur d'autres sites de la Seine). Il est normal d'expérimenter certains dispositifs, mais anormal de les vendre comme s'ils avaient fait leur preuve de concept industrielle, encore plus anormal de ne pas reconnaître ses erreurs.
Il y a aussi une réflexion à avoir sur les aides publiques. Elles ne devraient concerner que les prescriptions écologiques complémentaires (qui ne sont pas à finalité énergétique, qui sont imposées par l'Etat et qui sont très chères), pas le projet lui-même. Il existe déjà des contrats d'obligations d'achat, donc il faut amortir son projet dans ce cadre (ou autoconsommer). C'est vrai pour l'hydro comme pour les autres filières matures.